Une pause café magi..que

Rassurez vous ce n’est pas une pub pour les bouillons cube, Maggie ne fait pas de café ouf !

On va vous parler d’une belle initiative locale en faveur des initiatives justement au travers d’une interview de l’une des co-organisatrices de ce forum.

Ce forum représente pour LLDSP traduisez La Langue Dans Sa Poche, l’initiative de choix car c’est une méta initiative qui peut, si elle réussit,  en propulser bien d’autres et si notre partenaire APRODEL CEVENNES-GARRIGUES peut accompagner, héberger et voir prospérer quelques unes de ces initiatives nous aurons vraiment un ensemble complet pour un changement de fond possible.

2015-02-28 09.56.18

L’entretien avec  a eu pour but de définir le rôle de ce forum de territoire et des objectifs de cette action.

Voici la première question posée à Elsa une des co-organisatrice du forum

 

Êtes-vous un mouvement libre ?

Elsa : On est un collectif de citoyennes de 4 coordinatrices

 

Il n’y aura pas de continuité suite à cet évènement ?

Elsa : C’est une technique qui se suffit à elle-même, c’est un outil d’intelligence collective et après cet évènement on se séparera. C’est un outil qui a fait ses preuves depuis au moins 15 ans qu’il existe  et qui s’appelle une pause-café géante. C’est un américain qui s’est rendu compte que les synergies qui se créaient le plus c’était à la pause-café, quand les gens étaient détendus et qu’ils parlaient de manière informelle. Il s’appelle Owen tu regarderas sur Wikipédia. Donc il s’est dit si je créais l’ambiance d’une pause-café qui durait toute une journée, où les gens soient détendus à l’aise, où ils puissent échanger, mettre leur pierre dans d’autres ateliers, polliniser etc…  C’est le mouvement colibri qui l’a repris et qui l’a mis à disposition des citoyens.

 

Aparté

Donc après avoir regardé sur Wikipédia, j’ai effectivement trouvé un article sur le forum ouvert, qui parle d’Harrison Owen http://fr.wikipedia.org/wiki/Méthodologie_Forum_Ouvert

Le forum ouvert a été inventé aux alentours de 1985 et s’est depuis répandu dans le monde entier dans 125 pays. Il tire son origine d’une conférence organisée par Owen au cours de laquelle il s’est rendu compte que les pause-café étaient les plus productives au niveau des idées et ça lui a rappelé une organisation de fête d’un village africain auquel il avait été spectateur.

2015-02-28 09.57.24

Par rapport au mouvement colibri vous vous inspirez d’eux ?

 

Elsa : Ils ont eu l’idée de créer des forums ouverts et les citoyens s’en emparaient ou non. Ca faisait longtemps que je voulais proposer ça sur mon territoire parce que je trouvais ça très sympa. La personne qui facilite le jour J est formée et elle est rémunérée, on ne peut pas non plus improviser tout.

 

Donc cette personne présente le jour J a été formée par le mouvement colibri ?

 

Elsa : Pas tout à fait, il y a des formations forum ouvert, mais ce n’est pas le mouvement Colibri qui les dispense. Ce sont des formations privées, il y en a plusieurs en France. Elle a fait une formation d’intelligence collective à Montpellier qui n’a rien à voir avec le mouvement Colibri. Elle est extérieure au territoire, même si elle n’est pas très loin. C’est bien que la facilitatrice soit extérieure au territoire et qu’elle soit neutre.

 

C’est important pour qu’il y ait un regard extérieur et pas d’implication personnelle sur le territoire ?

Elsa : Oui c’est ça comme dans toutes les méthodes de médiation.

 

Je ne pensais pas que ça s’appliquait aux dynamiques sociales sur le territoire, mais ravi de l’apprendre.

Vous n’avez aucune visée lointaine après ce projet, que les gens s’organisent et montent des projets ?

Elsa : Je souhaite qu’il y ait des actions qui soient mises en place évidemment. La journée en elle-même, c’est déjà créer du lien social et regrouper des acteurs assez différents. Il y a quelques élus du Vigan et les gens viennent de 30 endroits différents, il y a eu un travail de sensibilisation auprès de la communauté de communes, de ses partenaires, il y a eu une recherche de partenaires, des gens qui nous donnent de la nourriture. Il y a déjà quasiment 70 inscrits, mon rôle est rempli, le fait que les gens se rencontrent, puissent discuter et puis après sèment des graines, je ne sais pas si elles donneront ou pas.

On vous le souhaite.

Elsa : Les personnes qui sont dans le comité de pilotage n’ont pas d’attente, c’est vraiment marqué partout sur la méthode, il ne faut pas avoir d’attentes. Nous sommes vraiment des médiateurs.

C’est donc une démarche très positive qui ne fonctionne pas sur la pression du résultat mais la beauté de l’efffort et ça marche en plus !!

Vous venez d’associations différentes , je peux vous demander lesquelles et de quel types elles sont ?

Elsa : La mara des bois coopérative d’alimentation biologique du Vigan

 

Donc ce sont des associations qui ont des objectifs complémentaires ou similaires, des convergences avec ce forum de territoire ?

Elsa : Il n’y a pas de thème on peut très bien venir et parler du lien social, de la maison de retraite du coin, de créer des jardins partagés, mais la toile de fond reste quand même la relocalisation des énergies sur un territoire avec si possible créer des activités et du travail sur un territoire avec les matériaux qu’il y a sur ce territoire. Essayer de faire un état des lieux de qu’est-ce qu’on fait dans chaque village et comment on peut se soutenir et comment on peut relocaliser des richesses pas forcément pécuniaires.

 

Donc ramener sur le local, la capacité de créer des emplois, de se réapproprier la parole, la capacité de décision, d’action et de manière à respecter l’environnement et l’humain. C’est un forum ouvert mais on va pas parler des prochaines tendances de la bourse et de comment investir dans l’immobilier ?

Elsa : Vu les personnes qui se sont inscrites, je ne pense pas qu’elles parlent de ça, mais si elles voulaient parler de ça elles auraient tout à fait le droit. Chacun propose son groupe de discussion et après son groupe d’action. Si quelqu’un propose un sujet d’échange et que c’est un sujet raciste par exemple personne ne viendra à son atelier. C’est une manière non-violente de réguler aussi ce qu’il se passe.

Il y a également la question comment construire ici et maintenant le territoire sur lequel nous voulons vivre, ça donne donc une orientation et « je suppose que les gens qui viennent là ont envie de parler de choses durables, éthiques, écologiques et si possible sociales.

 

Donc en fait le thème est quand même guidé par une question semi-ouverte qui oriente les participants. Il y a un peu de ce fait une sélection vertueuse qui fait que les gens vont s’orienter vers des forums qui vont être constructifs.

Elsa : Nous ne voulons pas qu’il y ait une sélection, ça ressemble plus à un stage avec un engagement payant puisqu’il faut rémunérer la médiatrice professionnelle, son assistant et le groupe de musique le soir. Ce sont les seules personnes payées tout le reste ce sont des bénévoles. Même si c’est un tout petit prix. La sélection se fait tout seul, les gens qui viennent sont très motivés forcément

J’ai organisé pas mal de soirées avec des techniques similaires, il n’y a pas grand-chose à faire. Les gens n’ont qu’une envie, c’est de parler, ils sont créatifs.

 2015-02-28 09.56.39

Qu’est-ce qui vous a poussé à mettre en place cette initiative innovante sur le territoire ?

Elsa : J’ai fait tourner une expo dans les Cévennes et j’ai organisé des débats, des conférences participatives, des petits outils de médiation sur la démocratie directe pour leur faire parler sur l’exposition. Je suis aussi adhérente du mouvement Colibri. Pour moi c’était naturel, on l’aurait fait il y a quelques années en arrière, les gens n’auraient pas compris. Au début les gens ne comprenaient pas où on voulait en venir et maintenant ça a fait tilt. Ça sera peut-être à réorganiser l’année prochaine. Si ça donne lieu à un suivi ça peut être très sympathique.

 

Il y a peut-être encore à faire un travail de sensibilisation. C’est jamais évident d’arriver sur un territoire et dire « il faudrait que les gens se parlent, il faudrait que les gens agissent ».

Quand vous avez voulu monter ce forum avez-vous eu des opposants ?

Elsa : Non pas trop dans l’ensemble, à part un peu d’incompréhension ou d’être frileux, ne sachant pas trop où on voulait en venir. J’ai été surpris par contre par certaines personnes qui ne voulaient pas venir car le stage était payant et ça les choquait et que de tels évènements devraient être gratuits. On a répondu qu’on ne cherchait pas de subventions car ça aurait repoussé un an plus tard. C’était juste une manière de nous autofinancer.  Les gens sont vraiment motivés s’ils sont prêts à mettre 5 euros qui est une somme minime. Les râleurs sont des personnes qui ont le côté très anar des Cévennes. Dans l’ensemble c’est très peu, c’est passé facilement au niveau humain.

 

Avez-vous des partenaires politiques ?

Elsa : Oui la mairie du Vigan et la communauté de communes, qui sont plus des partenaires moraux qu’engagés financièrement, en tout cas pour cette année.  Ils attendaient un peu de voir ce que c’était. La mairie du Vigan était très emballée dès le début et la mairie de Molières-Cavaillac nous a prêté le local.

 

Vous diriez que la mairie du Vigan est plutôt engagée dans les actions alternatives et les actions éthiques et durables ?

Elsa : Alternatives, je pense qu’ils n’aimeraient pas trop ce mot, parce que justement ils essaient que ça soit pas trop alternatif, en tout cas, ils sont très branchés dans le durable et l’écologie donc ils sont très ouverts à ce genre d’initiatives, par exemple avec les éco-dialogues qu’ils parrainent. Notre projet leur a tout de suite parlé, bon ils nous donnent surtout un peu de matériel bureautique, parce qu’ils n’ont pas énormément d’argent comme beaucoup de mairies, mais on a eu leur soutien pour la communication. Ils avaient organisé un agenda 21 dans le même style pendant 2 ans, pour une consultation de la population, c’est un peu le même style sauf que ça concerne les citoyens et les élus et après ça pose la question « est-ce que les élus vont répondre aux attentes des citoyens ?» C’est assez lourd pour les élus je pense, alors que pour le forum ouvert c’est horizontal, les participants ne sont pas interpellés pour donner suite. Il y a moins de pression.

 

Vous n’avez pas pensé à demander des subventions ?

Elsa :J’avais envie que ça soit spontané. Des subventions j’en ai cherché toute ma vie et j’en avais tellement marre que j’avais pas du tout envie de lancer un dossier de subventions. C’est un pari, on verra, on sera sûrement juste au niveau des financements. Ça sera plus facile si quelqu’un veut en réorganiser avec à l’appui des lettres de la Mairie, de la communauté de communes etc.

C’est assez dur à organiser, il faut être rémunéré pour travailler sur les demandes de subventions.

 

Post interview

On retiendra donc  de l’entretien que l’outil qui est mis en place, va mettre en place un dialogue spontané entre les différentes parties. Spontané ou semi-spontané l’objectif noble même s’ils n’est pas clairement apparent dans l’entretien est d’amener les gens à se rassembler autour de projets de territoire.

Il est vrai que le prix du stage a été très minime, voire trop. A la fin de la journée, Albane, une des organisatrices, est intervenue pour nous dire que les recettes ont été très largement insuffisantes et qu’il fallait pour la soirée qui était prévue, beaucoup boire et manger pour rattraper, mais vu le montant qu’il manquait pour renflouer les caisses, ça relevait un peu de la mission impossible.  Ca nous montre à mon sens qu’il faut être vigilants et ne pas avoir peur d’adopter une vision rentable, pour pouvoir survivre voire même faire prospérer une activité. Je vous encourage d’ailleurs à vous rapprocher des organisateurs pour les aider à rembourser leur dettes, s’ils n’ont pas pu le faire. Il faut également faire une estimation des coûts avant de se lancer au charbon. L’autofinancement est possible et plus que souhaitable à l’heure actuelle, il doit être bien calculé.

En tout cas, la journée a été très profitable, les échanges humains nombreux et agréables pour un éventail de sujets importants. On ne sait pas si beaucoup d’initiatives auront émergé de ce forum, mais pour ma part je participe à la construction d’un bureau des initiatives, un des projets qui a émergé du forum. Idéal pour moi. Quand j’entends le mot  « initiative », je frissonne, alors au pluriel…

 

 

Voici l’interview audio à propos de l’initiative Forum Ouvert en Pays Viganais.

 

RF

 

NO COMMENTS

Laisser un commentaire